Thailande : danser en Présence

Contours of presence

Cette semaine, j’ai 4 h d’atelier tous les jours dans une discipline pour laquelle je me considère vraiment débutant : la danse Contact Improvisation (CI). Un saut vraiment en dehors de ma zone de confort!

Ces ateliers me font découvrir beaucoup sur ma nature, sur mes conditionnements et mes habitudes. Et je peux faire plein de parallèles entre les principes qui s’appliquent au CI et à la vie! Afin de m’en rappeler, je partage au fil de ma semaine quelques unes de ces découvertes. C’est possible que ça vous parle moins si vous ne connaissez pas la pratique.

Challenge et découragement

Après le second atelier, on a eu un jam où on explore librement. Ça a été inspirant et challengeant! Quelques découvertes :

  • C’était si beau d’être témoin des danseurs expérimentés qui semblent flotter dans l’espace, souvent en portée, flying. Et tout ces gens qui bougeaient aussi rapidement dans un espace pas si grand sans qu’il n’y ait de collision.
  • En observant ça, une partie de moi se comparait et se disait que je suis vraiment loin de ça. Je peux observer tous les jugements à l’œuvre. Qu’est ce que je fais ici? Moi qui n’a jamais pratiqué l’improvisation et qui n’a jamais vraiment fait de danse sociale. Cette partie de moi découragée aurait eu envie de fuir à ce moment.
  • Pendant une partie du jam, je sens que j’étais dans un freeze ou plutôt fawning dans mon système nerveux. Vouloir performer! Vouloir être bon surtout pour l’autre et le suivre. Et perdre l’écoute ce faisant. Avec l’impact inverse de ce que je souhaite.

Je sens que me laisser aller et faire confiance que mon corps sait, c’est loin de ce que je suis habitué! Comment je peux apprendre la fluidité? Comment je peux me pratiquer à avoir du plaisir? Et ne pas rechercher le « bon » mouvement, ou la « bonne » façon de bouger?

Suivre mon mouvement naturel

Quelques perles après le jour 3 :

  • Fierté d’abord d’avoir nommé au groupe comment je m’étais senti la veille lors du jam. Oser nommer ce qui est vrai pour moi, même si c’est différent de ce que les autres nomment.
  • Je danse d’abord pour moi! Mon premier partenaire de danse, c’est le plancher! Never lose my dance! Je peux voir comment une partie de moi cherche d’abord à être là pour l’autre et si j’ai de la difficulté à sentir où on va ensemble, cette partie peut être frustrée.
  • Suivre le mouvement naturel. Si mon poids va dans une direction, suivre ça, même si ce n’est pas ce que mon mental aimerait faire. Seule exception, si c’est pour me protéger d’une chute dangereuse par exemple.
  • Je touche encore ici à l’importance de la posture intérieure. Un juste équilibre de tonus et de détente du corps pour être vraiment dans le ressenti de l’autre comme une extension de moi. Et je vois comment ça peut être difficile pour moi de me relâcher, de me relaxer là dedans. De vraiment m’engager dans le mouvement et faire confiance que l’autre me soutiendra. Et je vois le parallèle avec ma vie.

Est-ce que j’arrive à suivre le mouvement naturel dans ma vie? À trouver la juste posture intérieure, assez détendu pour être à l’écoute de la Vie qui veut danser avec moi? Est-ce que j’ai assez de confiance en la Vie pour m’engager pleinement dans la danse avec elle? Pour m’abandonner à son soutien? Belle pratique en perspective à explorer en voyage!!

  • L’importance de l’attention périphérique plutôt qu’un focus « laser ». Être présent à ce qui passe davantage sur les côtés de mon cerveau que dans le frontal. Voir les formes qui bougent et l’espace entre ces formes. Être constamment conscient de l’endroit où sont les autres et de la direction de leurs mouvements. Habileté très pratique aussi pour faire du vélo ici dans des rues bondées de piétons et de scooters!!

Bouger, tomber et m’élever avec fluidité

Quelques découvertes lors du 4e jour :

  • FLUIDITÉ! Comment je peux laisser le mouvement se poursuivre de manière fluide sans le « briser »? Sans être saccadé? Je vois comment c’est plus facile en solo ou avec l’autre sans contact. Du moment que je suis en contact avec l’autre, il y a une partie de la fluidité qui disparaît, comme absorbée par mon écoute et le désir d’harmonie avec la fluidité de l’autre.
  • Dans ma vie, est-ce que j’arrive à suivre le mouvement naturel avec fluidité?
  • Est-ce que je me souviens que j’ai toujours la possibilité de décliner une invitation de l’autre, de ne pas suivre un mouvement ou une acrobatie, que je peux rediriger le mouvement? Et je me souviens que je peux aussi choisir de ne pas embarquer dans une invitation de la Vie?

FALLING AND RISING! Tout comme dans la danse, tomber fait partie de la Vie. Et apprendre à bien tomber, à continuer le mouvement naturel même quand je me retrouve au sol peut me permettre de me relever avec plus de fluidité.

  • Je vois comment me pratiquer à « bien » tomber peut permettre de créer de la sécurité pour prendre plus de risques, de m’élever davantage!
  • Dans ma vie, est-ce que j’évite les chutes? Ou je suis le mouvement qui est dans le flow pour mieux me relever?

Nouvelles possibilités!

Je ne sens pas que j’ai encore bien intégré tout ce que la pratique du CI et les principes transmis auront permis de saisir sur moi et ma relation à la vie. C’est fort possible que j’écrive de nouveau là dessus dans le futur. Voici quand même quelques éléments en ce lendemain de la dernière journée d’atelier :

  • Faire un arrêt pour explorer les différentes possibilités qu’offre une proposition, une posture de l’autre, m’a vraiment permis de voir des possibilités que je n’aurais pas vues dans le feu de l’action. Ralentir et faire des pauses, voire décortiquer le mouvement, c’est vraiment riche!

Dans le mouvement, voir des opportunités et oser ne pas les prendre si elles ne sont pas pleinement senties.

  • Pratiquer la patience et continuer la danse, jusqu’à une opportunité vraiment sentie et bien positionnée, c’est difficile! Et je vois comment ça peut s’appliquer ailleurs dans ma vie. Ça me pointe le FOMO (fear of missing out) que je peux vivre face à des opportunités d’activités, de rencontres, de développement personnel, etc. Comme en surf, oser attendre la bonne vague et le bon timing!
  • Si je veux de découvrir de nouvelles possibilités, de nouvelles formes, une des façons peut être de m’arrêter quand je m’apprête à aller dans une direction et trouver un moyen d’aller dans la direction opposée. Ça oblige de nouvelles perspectives. Ça force une sortie de ce qui est connu.

La base du CI : Partager le centre de gravité entre 2 personnes (ou plus). Et constamment désaligner le centre de gravité, de manière à créer un déséquilibre qui amène nécessairement un mouvement naturel. Ça implique aussi une confiance envers mon partenaire tout en prenant responsabilité de m’assurer de ma sécurité advenant une chute.

Bref, le CI est une pratique vraiment complète qui permet de renforcer notamment la Présence, la fluidité, la conscience spatiale, l’intelligence relationnelle, la force, la flexibilité. C’est un peu comme une méditation en mouvement où l’objet de la méditation n’est pas seulement mon intérieur, mais aussi mon partenaire et mon environnement.

Et ce soir je vais poursuivre l’intégration et célébrer en participant à une danse extatique.

J’ai envie de célébrer mon courage de m’être inscrit à cet atelier, de m’y être engagé pleinement, en m’abandonnant avec confiance a l’expérience. Célébrer aussi tous les apprentissages! Tout ce que je vois qui s’est amélioré entre le jam de mardi et le jam d’hier au niveau notamment de la fluidité, de la confiance, de la posture, du vocabulaire, de l’écoute.

Et en même temps reconnaître tout ce qu’il y a encore à travailler au niveau du vocabulaire, de la patience, du lâcher prise que ce soit bon ou que ça ressemble a quelque chose, de me libérer des attentes, de l’abandon à l’intelligence du corps, du courage à entrer et sortir d’une danse, d’accepter de ralentir, etc.

Il y a un jam demain matin et je vois la peur en moi à l’idée d’y participer. Il y a beaucoup de confiance et de sécurité qui s’est créé avec les participants du groupe au fil des 5 jours d’atelier, et il y a de la peur de danser avec des inconnus, plus expérimentés, avec qui ça pourrait être difficile de respecter mon rythme.

Acceptation

Au fil des jours, je comprends de mieux en mieux les dynamiques ici à Pai. Je me suis trouvé un vélo pour me déplacer et me sentir un peu plus libre même si je choisis de ne pas louer une moto comme la majorité des gens ici. J’ai trouvé de très bons restos et j’accepte de plus en plus la quantité de touristes et de stimuli en me pratiquant à trouver ma place dans tout ce mouvement. Never lose my dance!

Acceptation aussi que c’est ok de prendre mon temps, de ralentir, de m’offrir du temps en solo pour cultiver plus de présence pour les ateliers. Je me sens moins tiré à rencontrer des gens, à appartenir. Ça goûte bon!

What’s next?

Je vois deux possibilités assez différentes pour la semaine 3!

  • M’offrir une retraite de méditation avec des moines bouddhistes où je suis « forcé » de méditer plusieurs heures par jour et suivre les activités et règles du monastère. Vraiment plonger dans le silence, dans le ressenti, avec l’intention d’apaiser le mental et de ressortir avec plus de clarté.
  • D’autre part, profiter de la vibe et de la masse de touristes ici pour me sortir me sortir de ma zone de confort et me pratiquer à approcher les inconnus et surtout les inconnues, aller danser dans les bars pour traverser et peut-être mieux comprendre la résistance que je vis. Laisserai mon ado intérieur exister pleinement!

Je vois que quand je suis figé dans un choix à faire, je vois comment c’est bénéfique de quitter l’inertie. Me mettre en mouvement, initier le mouvement dans une direction et sentir comment ça résonne dans mon corps. La clarté se trouve dans cette écoute subtile de la direction du mouvement naturel de la Vie. Et observer les peurs qui peuvent émerger sur le chemin pour les entendre et les accompagner pour qu’elles ne me figent pas.

Je reviens du resto où j’écrivais les lignes qui précèdent et une des participantes de l’atelier de CI me dit qu’elle vient de réserver son billet de bus pour le monastère pour le 2 décembre. La date à laquelle je pensais y aller puisque j’ai mon hostel réservé jusqu’à cette date. Je vois ça comme une invitation de la Vie à me faire confiance et me mettre en action. J’ai réservé aussi mon billet de bus!

Ca veut aussi dire que vous n’aurez pas de nouvelles durant cette semaine, car je n’aurai pas accès à de la technologie! Retour au plus tard le 10 décembre.

Peurs

À l’idée d’aller au monastère, ce qui me fait le plus peur ce sont étrangement les moustiques! Pas que je n’aime pas être piqué, mais surtout pour ce qu’ils peuvent transmettre. Malaria, dengue, etc.

Je vois comment une partie de moi est terrifiée à l’idée d’être malade, d’être seul avec ça. De mourir même. De beaux objets de méditation ça!

Et vous?

Parmi les différentes questions que je me pose, il y en a une qui vous parle particulièrement?

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