Fawning

Une des choses que j’ai réalisée à propos de moi dans les derniers mois, c’est une tendance au fawning dans certaines situations. On entend souvent parler de people pleasing, et ça s’en rapproche. La seule traduction que j’ai trouvé, c’est « servilité » et je n’aime pas ce mot! Alors, je continue à utiliser fawning pour désigner le mécanisme et fawner pour désigner la personne qui a un comportement de fawning.

Je rapporte ici ce qu’en j’en comprends. Je ne prétends pas comprendre toutes les nuances de ce mécanisme. Si vous avez des éléments à ajouter, à nuancer, j’aimerais vous entendre!

Qu’est-ce que c’est le fawning?

Une traduction libre de la définition de fawning du podcast de Forest et Rick Hanson : être en fawning c’est d’essayer de gérer une situation dangereuse en entrant en relation avec la source de la menace, quelle qu’elle soit [souvent des menaces relationnelles, pour nous humains sociaux et grégaires]. Ainsi, nous donnons à la personne ce que nous pensons qu’elle veut afin de désamorcer une situation stressante ou potentiellement dangereuse.

Linda Thai explique que le fawning consiste à prendre soin du système nerveux de l’autre quand il y a une menace relationnelle pour que l’autre prenne soin de moi. Ça peut venir de la socialisation et de la demande implicite d’être « un bon garçon » ou « une bonne fille ».

Fawning is mistaken for « politeness » and « having manners », but it’s actually a learned threat response. We fawn so that we can dissolve the physical discomfort held in our own bodies when we disappoint someone with our truth.

Luis Mojica

Un exemple concret peut être un enfant dans la cour d’école face à un intimidateur. Il pourrait avoir différentes réactions, par exemple se battre, se sauver ou figer (le fameux Fight, flight or freeze). Il pourrait aussi se soumettre, lui donner ce qu’il veut, le complimenter. Ça c’est du fawning.

Il s’agit d’un mécanisme du système nerveux pour survivre face à une menace réelle ou perçue, un peu comme le Fight, Flight et Freeze. Et la réponse sera différente si cette situation menaçante a été vécu une fois ou vécue à répétition. Jusqu’à ce qu’on en prenne conscience, c’est un mécanisme du corps qui se joue à notre insu, tout comme plusieurs autres mécanismes qui se passent dans le corps sans qu’on ait à y faire quoi que ce soit.

Quels sont les signes que j’ai une tendance au fawning?

Voici un aperçu des éléments qui peuvent permettre de reconnaitre une tendance au fawning. Tiré du podcast de Forest et Rick Hanson.

  • Se conformer et être excessivement accommodant pour éviter les conflits ou les préjudices, typiquement en désamorçant différents types de situations stressantes.
  • Être très agréable (people pleasing) ou s’abandonner soi-même. Autrement dit, faire passer les besoins de l’autre avant mes propres besoins.
  • Avoir de la difficulté à dire non.
  • Se sacrifier constamment pour l’autre.
  • « Borrowing trouble » : tendance à se mêler des problèmes des autres comme tentative de les désamorcer ou les diminuer.
  • « Hyperawareness » : sensibilité élevée aux émotions et aux besoins des autres qui peut mener à une sorte de complaisance anticipée, de répondre aux besoins de l’autre avant même qu’il le nomme.
  • Hypervigilance : habitude de constamment analyser l’environnement pour différentes sortes de menaces.
  • Peur du conflit. Habitude d’évitement des conflits.
  • Manque d’identité personnelle, dépendance excessive à l’autre pour la validation.

Qu’est-ce qui se passe?

Il y a une dynamique de pouvoir en jeu. L’autre est plus puissant que le fawner. Il y a un comportement de soumission du fawner. Et dans cette soumission, ce « pouvoir sous », il peut y avoir le développement de la honte, d’un sentiment d’être inadéquat.

Il peut y avoir une croyance que la sécurité se trouve à l’extérieur de soi. Que je me sentirai en sécurité quand les autres seront heureux.

Les fawners sont pris! Ils ne peuvent pas contrôler ce que l’autre fait. Il y a toujours la possibilité que l’autre fasse ce qu’ils ne veulent pas qu’ils fassent. Souvent, ça génère une anxiété intense et chronique.

Un élément que je trouve intéressant pour moi c’est quand Rick Hanson mentionne que la colère semble absente chez le fawner. Ça résonne pour moi avec ce que je lisais récemment sur le type 1 de l’ennéagramme. Je ferai un article là-dessus quand j’aurai creusé plus la question.

Pourquoi je fais ça?

C’est souvent une réponse qui se développe dans l’enfance en relation avec ses parents ou ses pairs. Par exemple, quand l’enfant joue au parent avec son parent qui n’est pas complètement développé psychologiquement. Ou un enfant qui a été beaucoup invalidé et qui cherche la validation. Ou encore un enfant différent des autres dans la cour d’école qui sent qu’il doit avoir recours au fawning pour sortir du radar.

Demander à un enfant de sourire alors qu’il est triste ou de faire un calin à sa tante alors qu’il ne le veut pas lui apprend que ses émotions et ses limites ne sont pas valides. Qu’il doit être autrement que ce qui est authentique pour lui pour diminuer l’embarras ou la honte de l’adulte qui lui demande ça. Lorsque répété, on grandit en apprenant à être gentil (mais pas authentique) et en faisant passer les besoins de l’autre devant les nôtres.

Fawning is a great way for a wise and intelligent child to manage difficult, emotionnaly unreliable or unpredictable caregivers.

Forest and Rick Hanson

Si je suis dépendant de l’approbation des autres, que j’ai une préoccupation à propos de ma valeur, alors je risque d’être constamment inquiet que, si l’autre découvre la personne que je suis réellement, je vais perdre son amour. Je sens donc que je dois constamment me prouver.

À la racine de ce comportement, il y a la peur de l’abandon, la peur du rejet, la peur de ce qui va arriver si je me retrouve seul. L’humain est un animal grégaire qui a évolué pour garder sa place dans la tribu. C’était une question de survie!

Et c’est ok d’utiliser le fawning parfois! Si ça part d’un choix conscient et pas d’une réaction conditionnée.

Ben là! Il y a des solutions?

Ça peut devenir un choix! En vrac, quelques éléments qui peuvent aider à voir et sortir de ce mécanisme de réaction.

Ralentir! Créer plus d’espace. Me poser des questions comme :

  • Est-ce que j’ai vraiment à régler leur problème?
  • Si l’autre est contrarié, est-ce vraiment de ma faute?
  • Est-ce vraiment ma responsabilité de l’aider à se sentir mieux?

Trouver un moyen de sentir de plus en plus viscéralement les éléments qui suivent.

  • Je suis ma source principale de sécurité.
  • Je peux répondre à mes besoins moi-même, plutôt que de prendre soin des besoins de l,autre en espérant qu’il prenne soin des miens ensuite.
  • Le sens de ma valeur est basé plus sur ce que je suis que ce que je fais.
  • C’est OK de rester dans sa vérité quand on est différent du reste du groupe.

Et ne pas se juger sévèrement si on a de la difficulté à y arriver. Je suis moi-même en thérapie depuis des mois dans l’intention de goûter à ça profondément. Rick Hanson donne des trucs concrets pour y arriver dans son podcast.

Comme on apprend beaucoup par modelling, il peut être pertinent de se poser la question « Qu’est-ce que quelqu’un d’autre ferait s’il n’était pas dans une posture de soumission (de pouvoir sous)? » D’avoir un modèle d’inspiration et m’imaginer être et agir comme cette personne.

Expérimenter. Si je ne fais pas comme d’habitude. Si je ne suis pas celui qui donne le plus dans une relation. qu’est-ce qui arrive?

Dans la soumission du fawner, il peut y avoir le développement de la honte, d’un sentiment d’être inadéquat. Et souvent de la colère cachée, réprimée. Il peut donc être intéressant de trouver des moyens de libérer cette colère petit à petit!

Plus de ressources sur le sujet?

J’aimerais écrire sur les sujets suivants prochainement. Je pourrai mettre les liens ici quand ce sera publié.

  • Système nerveux autonome et théorie polyvagale.
  • Styles d’attachement en relation.
  • Pouvoir sur, pouvoir sous et pouvoir avec.
  • L’ennéagramme.
  • La colère.
  • Livre de Ludovic Leroux que je suis en train de lire : Nerf vague : adieu stress, anxiété, timidité… – Un coaching inédit pour apprivoiser notre système nerveux autonome et vivre en Pleine Confiance !
  • Livre de Deb Dana que j’aimerais lire : Ancré: Comment vous lier d’amitié avec votre système nerveux grâce à la théorie polyvagale.

J’ai écouté plusieurs webinaires sur le sujet dans les derniers mois et j’ai particulièrement apprécié le podcast de Forest et Rick Hanson ainsi que les webinaires de Linda Thai et de Luis Mojica sur le fawning.

Et vous?

Diriez-vous que vous avez une tendance au fawning? Comment ça se manifeste pour vous?

Avez-vous appris quelque chose en me lisant? C’est pertinent que je continue à écrire ce genre d’articles?

Cet article a 2 commentaires

  1. Es terre

    Merci d’écrire tout ça, les exemples reliées au fawning, ta capacité à transmettre ces infos de façons si articulées, souples et claires, les suggestions de podcast , etc. C’est tout à fait pertinent que tu continues à écrire ce genre d’articles.

  2. Jean-Philippe

    Merci pour ton feedback! Je vais peut-être me motiver à en offrir d’autres de ce genre!

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