Cette 3e semaine, je l’ai à passée à Wat Pa Tam Wua, un monastère dans le nord de la Thailande.



Version courte
Si vous avez peu de temps, en version courte, le bilan de mon expérience ici.
Ce qui aura été le plus difficile pour moi, ce n’est pas de :
- Dormir 7 nuits sur un matelas de l’épaisseur d’un tapis de yoga,
- Être en posture de méditation (marchée, assise, couchée) plusieurs heures par jour,
- Ne pas manger passé midi (j’ai triché le dernier soir),
- Avoir mangé, 2 repas par jour, beaucoup de riz et peu de fruits et légumes (quoique c’était déprimant),
- Me réveiller à 5h tous les matins pour méditer dans ma chambre avec 10 à 15 co-chambreurs dont certains qui ronflaient,
- Être silencieux les 3 premiers jours sauf pour les chants du soir s’en pali, thai et anglais,
- Marcher pieds nus dans la jungle lors de la marche méditative d’après-midi,
- Avoir porté une jupe pour une journée.
Non, ce qui aura été le plus difficile c’est de voir mes réactions et patterns intérieurs.
- De rencontrer le juge intérieur et observer à quel point il juge constamment. Moi et les autres! .
- D’observer la partie de moi qui tient au respect des règles, qui réagit quand ça ne se passe pas comme ce serait « supposé » se passer. Et de voir comment ça touche au besoin de sécurité.
- Il y a une partie de moi qui tient vraiment à bien faire les choses. Et je vois que c’est encore plus vrai quand je ne suis pas seul, me faisant voir comment la validation extérieure est encore bien ancrée en moi.
- Il y a une partie de moi égoïste qui souhaite mon bien-être d’abord. Par exemple, en me prenant une bonne portion au repas, vite en conflit avec ce qui en moi veut être une bonne personne et en laisser pour tous.
- Il y a une partie de moi qui se compare et qui a de la difficulté à être heureux du bonheur des autres.
- Il y en a des pensées dans ce mental!! Difficile de trouver la discipline de ne pas être emporté par les pensées et les histoires de mon mental pendant les méditations.
Je termine ce partage en version courte avec une citation qui m’a particulièrement parlé :
The Middle Say is essentially learning how to work with the way things are. When following the Middle Way, the mind is neither being passive, nor being contentious, but rather learning to work with the way things are and to do that work from a place of selflessness.
Phra Rãjabuddhivaraguna, My way or the Middle way
Version longue
J’ai besoin de repos et d’intégration. Je vous partage ce qui est le plus vivant maintenant!
Attraction pour backpackers
Est-ce que je recommanderais ce monastère?
Réponse courte : ça dépend ce que vous recherchez!
Réponse longue :
Je m’attendais à arriver dans un centre de méditation vipassana. À mes yeux, ça ressemblait davantage à une attraction pour backpackers. Je n’ai pas cherché sur Instagram, mais je suis certain que vous pourriez y trouver plein de photos et vidéos de l’endroit.
On était entre 130 et 140 personnes avec des personnes qui arrivaient je et quittaient tous les jours. Les moines, qui ne parlaient pas tellement bien anglais répétaient pratiquement les mêmes choses jour après jour. Le moine qui offrait des périodes de questions et réponses où c’était vraiment intéressant est parti à l’hôpital le 2e jour que j’étais là. J’ai donc appris beaucoup plus dans les livres que dans les « enseignements » des moines.
Dans ma perception, beaucoup de participants manquaient de respect en ne respectant pas les règles du monastère, par exemple :
- Utiliser leur cell pour prendre des photos, vidéos, texter durant les activités de méditation.
- Arriver en retard aux séances.
- Ne pas méditer le matin tel que demandé.
- Ne pas faire la séance de travail pour garder les lieux propres (méditation en travaillant).
- Parler dans les sections où le silence est requis.
- S’étendre sur la pelouse un peu partout comme si c’était un resort.
- Pointer les pieds vers les moines alors que c’est un signe de manque de respect.
Et d’être témoin de tous ces manques de respect des règles de la place, ça a déclenché souvent la partie de moi qui tient aux règles. J’ai pu observer tous les jugements en moi. Et le jugement aussi de juger autant! Je constate que le manque de sensibilité et de conscience des gens me challenge!
La beauté dans tout ça, c’est que ça m’a permis de méditer avec ça, de créer de l’espace pour être avec la colère qui vibrait à l’intérieur. Lors d’une séance de méditation en particulier, je sens que beaucoup de cette colère a pu circuler et être libérée. Ça permis d’observer aussi mon discours intérieur, de voir que je ne laisse pas souvent le bénéfice du doute, que c’est vraiment difficile de vivre de la compassion quand il y a ces jugements qui sont là. Intéressant aussi de voir que quand je connecte avec les gens (ce qui est arrivé un peu quand j’ai quitté mon silence après 3 jours), il y a moins de jugement et plus de compréhension.
Attachement au résultat
J’ai vu assez rapidement ce qui en moi veut bien faire le choses. Respecter les règles, bien méditer, bien chanter en pali, en thai et en anglais, etc. Et il y a des caméras un peu partout sur le site, y compris dans le dortoir, c’est un étrange. Comme si on était une expérience scientifique ou peut-être que j’étais sans savoir dans une émission de téléréalité!! Ça expliquerait bien des choses!
J’ai vu l’attachement à un état de silence du mental, à un état de « non-pensée ». Un état de liberté dirait le moine. Et plus je suis attaché à réussir, moins je réussis! C’est bien d’avoir l’élan de méditer pour me mettre en action, mais une fois assis, je dois apprendre à lâcher prise sur le résultat.
Practice fuelled by the desire to get or become is more likely to lead to new realms of existence rather than liberation.
Tiré Du livre Forest Path
Et même si je le sais, le départ du monastère aura permis de le mettre en pratique et de me rendre compte que ce n’est pas intégré (bien sûr!). En effet, j’étais attaché à l’idée de me rendre au jam de Contact Improvisation à Pai pour 10h et attaché au scénario de sauter dans le premier bus qui partait pour Pai vers 8h. Plutôt que de juste lâcher prise, relaxer et faire confiance que si je dois arriver à temps j’arriverai à temps, j’ai stressé (quand même moi qu’avant là, j’essaie de me convaincre que ma semaine n’aura pas servi à rien) et je suis monté dans le premier bus malgré tous les gens qui voulaient y monter. L’affaire c’est que ce bus s’est arrêté à plein d’endroits le long du trajet pour des livraisons. En cours de route, le second bus qui partait plus tard nous a dépassé et là j’ai vu. J’ai ri jaune un peu. Et après j’ai ri pour vrai. Ri de la pièce de théâtre! Ou de la téléréalité, qui sait!? Il se trouve que finalement les deux bus sont arrivés en même temps à Pai, trop tard pour que je participe à mon atelier!
It’s incorrect to think that you’ve finished work at the end of a meditation session. Put forth a constant effort. It is through maintaining constancy of effort un your work, in your actions and in your mindfulness and self-awareness, that your meditation will develop.
Tiré Du livre Forest Path
Silence et connexions
J’ai mis un badge « Silencieux » pour les 3 premiers jours. Ça a été reposant de n’avoir pas initier ni entretenir de conversations. Pas à réfléchir en anglais pour quelques jours. Pas à justifier mon silence. Pour une personne introvertie comme moi, c’est plutôt facile de rester dans ma bulle.
Ça a été aussi vraiment riche de voir quels sont les élans vers les gens. Pourquoi je prends la parole! C’est pour rappeler une règle à quelqu’un qui me challenge, c’est pour affirmer une limite, c’est pour entrer en lien avec des humains qui m’attirent par leur énergie, c’est pour me sentir plus en connexion avec les gens? C’est quand même fascinant de voir à quel point la parole est le véhicule #1 de création de connexion avec l’autre en général dans ma vie.
J’ai pu voir aussi une certaine complicité qui s’établit avec certaines personnes sans même utiliser un seul mot. Comment la connexion n’a pas nécessairement besoin de mots pour opérer. Et c’était surtout vrai lors de l’exploration du Contact Improvisation.
J’ai aussi vécu un super moment de connexion après la retraite, en allant changer dans un kirtan. Je me sentais vraiment en phase, attuned, avec ce qui se passait dans l’instant, quand on passait d’un mantra à l’autre ou quand on changeait le rythme. C’était beau! Et à un moment une femme s’est mise à pleurer et je pouvais vraiment sentir ce qu’elle vivait (j’ai validé avec elle après). J’ai beaucoup apprécié ma sensibilité à ce moment, qui détonnait avec la sensibilité ambiante au monastère. Et je vois aussi qu’il est préférable d’être vigilant avec cette sensibilité pour rester dans mon expérience et ne pas être « aspiré » par l’énergie des autres.
Une voie de libération, passer de l’attachement à mes pensées, scénarios, croyances, à l’«attunement» à ce qui est.
Plus de connexion!
Pour les prochains jours, je m’offre l’exploration d’une voie différente! En très très résumé, le bouddhisme propose de méditer et d’espaces la conscience jusqu’à se rendre compte que le corps et le mental ne sont pas « moi » ou « je », de voir l’illusion de toute chose et de se rendre compte que nous sommes constitué d’énergie, de sortir de la souffrance par l’illumination à la véritable nature de la Vie. Le tantra propose un chemin différent qui se vit plutôt au quotidien et qui n’exclut pas de s’éloigner de tous les plaisirs de la vie. Je n’en sais pas beaucoup plus pour l’instant.
Bon, je pourrai expliquer ça beaucoup mieux après ma retraite sur le sujet, qui se tient du 12 au 21 décembre près de Chiang Mai. Durant cette période, je risque d’être loin des technologies. N’attendez pas de mes nouvelles!