Le week-end dernier, j’étais au Forum sur l’Humain et la Nature organisé par Être Vivant.
Être Vivant est né de la complicité de deux intervenantes sociales, amies de longue date, passionnées de (Re)connexion Nature. Elles partagent l’intention de favoriser la connexion à la nature pour nourrir santé, bien-être et connexion à soi.
Être Vivant
Le thème du Forum était : Comment l’enfance nous invite à réenchanter le monde? Je partage ici une portion des perles de sagesse qui ont pu y émerger. Si vous avez peu de temps de lecture, une synthèse se trouve à la fin de l’article.
Ce fut pour moi vraiment une joie de pouvoir être en compagnie de beaux humains, dans une forêt magnifique pour vivre ces deux jours de réflexion, de discussion, de ressentis, de jeu, de connexion. J’ai beaucoup de gratitude pour l’espace qui a été cocréé et j’écris ces lignes pour m’aider à intégrer les apprentissages de ce riche week-end!
8-shields
8-shields, c’est un ensemble de pratiques pour se relier à soi, aux autres, à la nature. C’est issu d’un fastidieux travail de récolte et de combinaison de sagesses ancestrales de nombreux peuples.
Merci à Mikayla de nous avoir permis de goûter à un aperçu de cette approche en nous partageant la signification de certaines des 8 directions appliquées à différents moments du Forum. Comme si le week-end était un cycle avec une naissance, plusieurs étapes de vie et une fin.
8-shields pour les 8 directions. Pour chacune de ces directions, il y a plusieurs couches de signification, par exemple :
- Cycle du soleil qui se lève à l’Est et se déplace vers l’Ouest en passant par plusieurs phases au fil de la journée. Notre rythme circadien et notre niveau d’énergie est bien plus dépendant du cycle du soleil que ce qu’on pourrait croire.
- Cycle des saisons au fil de l’année
- Étapes d’une vie humaine
- Attributs de la connexion, qui se manifestent une fois qu’on commence le travail de reconnexion au vivant.
Par exemple, la direction de l’Est représente notamment :
- Le lever du soleil
- Le printemps
- La naissance
- La joie de l’enfant.
Comme tout le modèle est infiniment plus élaboré, je nous invite à s’informer davantage à la source. Un livre aussi : Coyote’s Guide to Connecting with Nature.
Approche Coyote et la Tribu des bois
La Tribu des Bois est un programme pour les enfants, basé sur le mentorat de sensibilisation à la nature. Situé dans deux lieux en Estrie soit dans les cantons de Hatley ainsi qu’à Compton. Nous suivons l’approche coyote(8 shields) inspirée par Jon Young. Cette approche favorise la préservation de la connexion à la nature et à l’intuition avec laquelle l’enfant arrive dans ce monde.
La Tribu des bois
Durant tout le week-end, des mentors de la Tribu des bois étaient présents pour « s’occuper » des enfants. L’approche coyote implique que le mentor pose surtout des questions pour éveiller la curiosité, l’observation et l’esprit critique. Le mentor nous ramène à connecter avec nos sens afin de pouvoir mieux connecter avec soi et ce qui nous entoure. Deux autres éléments très importants sont l’écoute profonde et le partage.
Nous avons pu aussi laisser notre enfant intérieur jouer avec les enfants lors d’une activité. Je vous partage quelques observations que j’ai faites lors de ce jeu :
- Quand il n’y a pas trop de règles, on peut user de notre créativité « en dehors de la boite ». Comme adulte, c’est parfois un apprentissages de se créer moins de règles.
- Il n’y a pas besoin d’avoir un gagnant pour avoir du plaisir!
- Des parties de moi ont encore de la difficulté à me laisser aller à jouer pleinement, dans les zones où je me sens moins à l’aise, p. ex. dans l’imitation du cri de la corneille.
- J’ai pu voir l’impact en moi du désir de contribuer à atteindre l’objectif du jeu. Comme souvent dans la vie, je suis tombé en mode « goal-oriented » et, le temps du jeu, je n’étais plus à l’écoute et en lien avec l’inconfort qui était présent en moi avant et après le jeu.
- Je suis moins en forme physiquement que je pensais!

Connexion à la nature chez l’enfant, Catherine Denault
Pour avoir travaillé en environnement, Catherine a constaté, comme moi, combien le discours environnemental est souvent culpabilisant. On cherche à changer le comportement des gens en tentant de leur imposer la bonne chose à faire, de leur implanter un nouveau comportement. Ça ne fonctionne généralement pas!
Elle nous a présenté le résultat de sa recherche sur comment amener de la connexion à la nature sans moralisation, principalement chez les enfants. Elle a notamment étudié l’approche de la pédagogie Steiner-Waldorf et nous a présenté le fruit de ses recherches pour les différents stades de développement de l’enfance. Voici quelques éléments que je souhaite me rappeler :
Petite enfance, 0-7 ans
- « Je suis avec. Je perçois le monde en moi. » Je ressors le monde ressenti dans le jeu.
- L’enfant apprend à partir de ce avec quoi il peut jouer, ce qu’il peut ressentir dans son environnement. Y compris dans l’environnement intérieur des adultes qui s’y trouve!
- Les « éducateurs » sont des jardinier d’enfants : on jardine l’environnement dans lequel l’enfant se trouve. Y compris l’environnement intérieur des jardiniers!
Enfance, 7-14 ans
- La perception du monde est moins exprimée dans le jeu et davantage dans une image intérieure que l’enfant se crée.
- C’est le temps d’offrir aux enfants la beauté du monde, pas toutes ses laideurs et toute notre anxiété face au futur.
- Amener l’enfant à tirer ses propres conclusions, qu’il découvre par lui-même. Ne pas lui donner toutes les réponses directement.
- Nécessité d’être soi-même relié à la nature si on veut amener l’enfant à se relier.
Adolescence
- Il développe ses propres pensées. un fleuve de pensées et d’émotions dont il peut ne pas savoir quoi faire.
- Il peut se sentir séparé, le doute prenant la place. La honte de qui il est quand il constate qu’il est loin de l’idéal de ce qu’il aimerait être. Qu’il a de la difficulté à se lier au monde, aux autres.
- Ce qui peut lui permettre d’avancer, c’est un regard aimant d’un adulte. Un regard aimant qui voit l’être au-delà des comportements. L’amour sublime le doute.
- Il peut être pertinent de lui présenter des biographies. Qu’il puisse se relier à des histories vécues d’humains qui ont aussi passé par des doutes, par des échecs avant de réussir.
- Proposition de livre pour mieux comprendre cette réalité : La jeunesse déchirée
Par ces partages, je touche aussi à plus de sagesse sur les manières d’entrer en relation avec mon (ou mes) enfant intérieur et ado intérieur. J’ai notamment retouché à toute la solitude et la confusion de mon ado intérieur sur comment entrer en relation, notamment avec des filles, à me sentir moche avec toute l’acné dans mon visage, à me sentir moche dans les sports, à me rabattre sur les choses dans quoi je savais que j’excellerais et rejeter le reste.

Écoéducation holistique et reconnexion au territoire, Virginie Boelen
Virginie nous a raconté comme le fait d’avoir grandi en Éthiopie lui a permis de développer un relation à la nature complètement différente de celle que nous avons développé en Occident.
En Éthiopie, la nature est un partenaire de vie.
Virginie Boelen
Virginie « s’intéresse à l’éducation holistique dans une perspective de développement global du jeune et de reconnexion au lieu de vie naturel, ainsi que sur la formation des enseignants en écopédagogie selon une formule d’accompagnement autour de communautés de pratique. Elle s’intéresse également au processus d’écoformation (formation par les éléments naturels d’un territoire) et à son essor en milieu non formel chez les jeunes, en collaborant avec plusieurs organismes de plein air. »
Elle accompagne notamment les enseignants avec des stratégies pour tenir des classes à l’extérieur.
Ce dont j’ai envie de me rappeler
L’éducation qui reconnecte à la nature est holistique et se base sur 4 grands piliers :
- Cognitif, raisonnement, pensées, réflexion
- Émotionnel
- Somatique, sensations et ressenti dans le corps.
- Spirituel et intériorité.
Virginie préfère parler de territoire plutôt que de nature parce que c’est plus tangible. La nature c’est un concept. On se fait souvent une image de la nature comme d’un territoire encore à l’état « sauvage ». La nature est partout! L’arbre devant chez toi, dans les craques du trottoir, dans le potager, les insectes, les oiseaux, etc.
On ne sait plus entrer en relation avec le territoire. On utilise le territoire, on vit dans le territoire, mais on n’est plus en lien avec le territoire. Une des clés, revenir dans l’enfant! Revenir dans les sens, redevenir libre dans l’exploration en laissant aller les limites que je mets par peur du regard (jugement) de l’autre.
Entrer en relation, c’est établir un dialogue. Il y a de la réciprocité, ce n’est pas à sens unique. Tout est interconnecté, en réseau. D’où l’intérêt d’éveiller tous les sens de manière holistique.
Se rappeler des 3 « s » pour entrer en lien avec le territoire : Sens (revenir dans nos sens en ralentissant), Solitude et Silence.
Après une expérience vécue en lien avec le territoire, l’enseigant peut relier ce qui a été vécu par les enfants (ou adultes) aux apprentissages du programme (français, math, science, etc.) et relier les expériences personnelles de chacun pour en faire une fresque collective. Passer du « j’ai vécu XYZ » pour raconter ce que « on a vécu. »
Mourir pour mieux contribuer
Lors d’un exercice de connexion en nature, je suis attiré par de la belle mousse verte. Petite poésie de ce que je touche (au sens littéral et figuré) durant ces 10 minutes dans mes sens, en solo et en silence.
Écosystème miniature qu'est la forêt de mousses
Sur un tronc en décomposition, elle pousse.
Un tronc, jadis dressé, haut et solide.
Dont le coeur était fait de bois bien rigide.
Ce bois, maintenant attendri par le mycélium
Recyclé, composté, nutriments partagés, mium mium!
Toute la vie que maintenant il engendre.
Mes mains plongées dans le coeur maintenant tendre.
Qu'est-ce qui, en moi, est crispé et rigide?
J'dois laisser mourir quelq'chose, si j'suis lucide?
Me composter, à mon coeur tendre, laisser place.
Être au service du vivant, le sens de ma place?




Travail qui relie, Isabelle Fortier, Égo Éco
Isabelle, de l’entreprise Égo Éco, nous a offert un atelier inspiré de l’approche du Travail qui relie. Une approche d’écopsychologie proposée par Joanna Macy. Le travail qui relie est un processus en 4 étapes :
- S’ancrer dans la gratitude
- Honorer notre peine pour le monde
- Regarder avec des yeux neufs
- Aller de l’avant.
Isabelle a voulu réenchanter l’enfance par sa proposition. Elle nous a guidé dans une pratique d’ancrage et de gratitude d’être en vie! On a pu partager notre peine pour le monde. Je vois combien j’aurais eu besoin de plus d’espace à cette étape, car il y a encore beaucoup de peine, de peur, de colère, de dégoût face à ce qui se passe dans le monde. On a ensuite pu mettre à profit notre créativité dans un jeu en plusieurs étapes.
J’ai pu me voir en action dans le jeu pendant cette activité. Je me réjouis vraiment de constater que j’ai pu jouer sans me soucier d’arriver à un résultat productif, à un résultat tout bien ficelé. Que j’ai pu improviser sans (trop) me soucier de ce que les autres allaient en penser.
On a pu toucher aux cadeaux de l’enfance : notamment la joie, le laisser aller, la créativité, le jeu, la liberté!
Ce qui peut faire la différence dans le grand tournant (la façon de Joanna Macy d’appeler la transition à venir) c’est notre capacité d’imaginer et de créer. Il est donc judicieux de muscler notre capacité à penser en dehors de la boite!

Synthèse des perles de sagesse
Quelques unes des perles de sagesse pour moi :
- Je repars du Forum avec beaucoup de joie. J’ai touché la beauté du Vivant.
- Beaucoup de gratitude pour le territoire, pour les humains, pour les êtres non humains, pour tous les enseignements!
- Vraiment une belle brochette d’humains qui ont été attirés dans cet événement. Je me suis senti libre d’exister, de jouer et ça goûte bon dans mon système!
- Ça nourrit l’espoir de constater combien il y a de personnes qui oeuvrent à amener plus de connexion à la nature dans leur domaine ou projet respectifs. (J’écrirai un article sur l’espoir bientôt!)
Ce qu’il y a de commun dans les différentes pratiques, c’est notamment de ralentir, de faire silence, de trouver une voie pour revenir dans le corps, de reconnecter avec les sens, ce qui permet de mieux se relier avec le vivant de l’instant dans mon écosystème intérieur et extérieur. Le vivant en moi, chez l’autre, dans mon environnement. Tout est interconnecté.
- Je touche un désir de connecter plus avec l’approche coyote / 8-shields, des pratiques pour se relier à soi, aux autres, à la nature. Désir d’affiner ma relation avec le territoire, de vivre les savoirs ancestraux.
- À chaque stade de développement de l’enfant/humain, une approche qui diffère pour l’écoéducation. Je peux me connecter à moi lorsque j’avais l’âge des enfants devant moi pour mieux ressentir leur façon d’être en lien avec le monde.
- J’ai touché à l’importance du jeu et de la création artistique pour l’intégration. Et ça me donne envie de permettre plus de jeu dans ma vie! Et plus de contact avec les enfants aussi!
- Je vois la richesse de mettre en commun les expériences individuelles de connexion pour en faire une fresque collective qui crée aussi de la reliance entre les humains d’un groupe.
- Je me rends compte qu’il y a beaucoup de douleur pour le monde à honorer encore (2e étape du travail qui relie). Et c’est parfois dans les plus grandes douleurs que peuvent se trouver les clés du sens de ma place et de l’énergie pour contribuer.
- Pour savoir ce que contient une semence, mieux vaut nourir l’environnement pour qu’elle éclose, pousse et fleurisse plutôt que de la disséquer.
Si je vois qu’une plante ne vs pas bien, je ne tire pas dessus pour qu’elle pousse plus vite, j’améliore son environnement. On peut faire pareil avec nos enfants?

Être en relation avec vous!
J’ai envie de vivre de la réciprocité avec vous! Maintenant que vous m’avez lu, auriez-vous l’élan de prendre un instant pour ralentir, fermer les yeux et ressentir un instant? Et me partager ce qui émerge pour vous à la lecture de tout ceci?
Merci de mettre en lumière la différence entre nature et territoire, j’aime ça!
Prendre le temps de ralentir et vivre la créativité de l’enfant, ça aussi ça me parle.
Le territoire a tellement à nous offrir, profitons en! Nourrissons nous =)
Laissons mourir les vieilles croyances qui composteront et permettrons aux jeunes pousses d’idées nouvelles et créativité d’en germer!!