You are currently viewing Faire territoire
À table 2024. Thème de cette édition : Faire territoire.

Faire territoire

J’ai participé hier à l’activité À table 2024 organisé par Rurart à la ferme la Généreuse à Cookshire en Estrie. Une journée de présentations artistiques dont le thème était Faire territoire, journée ouverte autant aux artistes qu’au grand public. Après une bonne nuit de sommeil dans mon auto sur place, je vous partage ce qui a émergé pour moi, encore couché dans mon auto. Je pourrai ajouter quelques photos quand les photos officielles seront partagées.

Lever de soleil sur la prairie où j'ai dormi à la ferme La Généreuse.
Lever de soleil sur la prairie où j’ai dormi à la ferme La Généreuse.

Suis-je un artiste? Qu’est-ce qu’un artiste?

Suis-je un imposteur si je dis que mon exploration artistique est ma vie en ce moment? Tisser la toile des moments, des explorations les uns après les autres. Quel sens je fais de tout ça, des découvertes sur ma nature? Comment je traduis ces explorations en mots dans ce blogue? Ce que je choisis d’écrire, de partager, la forme qui émerge, ça fait de moi un artiste?

Faire territoire. Ma relation au territoire cette année.

Exploration nomade de différents espaces cette année. Différents espaces pour multi-échelles et multi-dimensions. Sur le même territoire, de multiples territoires!

Dans la matérialité, je dors dans ma tente, sur différents sols, dans différents environnements naturels. Je dors dans mon auto dans différents environnements, tout un gradient de transformation de l’écosystème par l’humain. Du parking bétonné en ville à la forêt, en passant par la prairie agricole comme cette nuit. Environnements sonores variés. Et je dors dans différentes chambres sur différents matelas ou divans, dans des pièces aménagées de bien différentes façons. Matérialité certes. Énergétiquement aussi, tous ces espaces ont leur texture propre.

Je goûte au terroir des différentes régions que je visite en dégustant les produits locaux. Ça me permet de goûter les nuances régionales des aliments qui ont bénéficié des caractéristiques propres à leur terroir et aussi d’aliments consommé que dans certaines régions. Goûter aussi à l’expertise locale de ceux qui nous nourrissent. Gratitude!

Je rencontre les gens dans différents contextes qui me permettent de déceler un peu le tissu social local. C’est un tissage serré? Lousse? Quels sont les motifs? Quelle est la culture locale?

Paysages

Je parcoure les écosystèmes, je laisse les paysages me traverser. 
Vallonné, montagneux, plat.
Forêt feuillue, mixte, résineuse.
Forêt jeune et dense, forêt mature au sous-bois dégagé.
Campagne, petit village, milieu urbain.
Habitations éparses, habitations regroupées.
Ruisseau, rivière, fleuve!

Que me font vivre ces paysages?
Harmonie ou dissonance?
Paix ou stress?
Beauté ou disharmonie?
Expansion ou contraction?
Attirance ou répulsion?

Paysages composés des êtres humains et non humains, de leurs interactions avec le non vivant. Comment se déploient les interactions? Quelle est la relation à la nature des gens? La nature est là pour que je l’exploite? Pour me rendre des services? Pour que j’y fasse du plein air? Pour le paysage? Ou bien suis-je la nature? Sans frontière entre elle et moi. Un peu à la manière des Premières Nations. Michel Durand Nolett, porteur de savoirs w8banaki, parle de notre territoire. Ils ne s’approprient pas le territoire, la nature. Ils y vivent. Et oui, ils ont une influence sur leur environnement, comme toutes les autres espèces vivantes.

La juste place de l’humain?

Une question qui me chicote ces temps-ci : L’humain est au dessus des autres espèces?
Peut-être dans sa capacité à se poser ce genre de question! Et avec cette capacité de réfléchir, cette conscience, vient la responsabilité!

Les choix que je fais… je les fais pour mon seul bénéfice ou au service du territoire, au service des enfants? En ayant en tête à chaque décision les 7 prochaines générations?

Inpiré de Michel Durand Nolett, porteur de savoirs w8banaki (je n’avais pas noté ses mots exacts.)

J’écris ça et je suis un peu découragé par le manque de sensibilité et de responsabilité que je perçois autour de moi. On dirait une société d’ados qui essaient de prouver quelque chose pour remplir le vide identitaire intérieur. Ados qui, au nom de l’appartenance, sont prêts à faire toute sorte de niaiseries.

Et comme la cire d’abeille qui refroidit lentement, rien ne semble se passer pendant un long moment jusqu’à ce que des patterns se dessinent de plus en plus rapidement alors que la cire atteint une certaine température1. C’est le même pattern que suit notre société? On est dans une phase où rien ne semble se passer?

Et si je réussissais à me placer dans la peau d’une roche?2 À prendre un recul aussi vaste que le ciel3 pour observer le tout à une échelle géologique, qu’est-ce que je verrais?

Je vis du deuil. Deuil de cette plongée collective en eaux troubles. Désespoir, tristesse de me relier à tout le sang qui coule entre-temps. Accueillir ce qui est. 4

Nourrir l’espoir par les enfants. Les enfants avec leur innocence, leur regard frais, leur joie de vivre, leur esprit pas encore (trop) colonisé, domestiqué.

Et goûter à la tendresse sauvage5 d’un lien avec la nature à partir d’une posture d’enfant. Être en relation avec ma nature sauvage, d’une posture de tendresse avec mon enfant intérieur, voir le monde avec ses yeux.

Et décloisonner!6 La nature en moi, l’enfant en moi. La nature dans laquelle je vis, les enfants autour. Mes relations dans mon écosystème intérieur, mes relations avec les autres. Est-ce vraiment cloisonné? Où est la frontière? Où s’arrête « je« ? Ou bien, est-ce quand s’arrête « je » que le nous émerge? Que le territoire m’habite? Faire territoire, c’est ça?

La relation est multi-échelles, sur plusieurs plans simultanément. En interaction constante. C’est vrai de la relation au territoire.
C’est vrai de la relation à l’autre.
C’est vrai de la relation à moi.
Est-ce vraiment trois éléments distincts?

Références aux performances :

  1. Douglas Scholes. De la cire à la terre, unmelting time
  2. Jessica Slipp. Becoming Rock
  3. Horizon Factory. Deep Gazing
  4. Soleil Launière. Kashu
  5. Karine Gaulin, Tendresse sauvage
  6. Maude Arès. Activités d’un boîtier-paysage

Laisser un commentaire