Je n’écris pas cet article pour vous dire que je manque d’argent! Tout va bien! (Et pourquoi, je sens le besoin de vous rassurer?)
Non, j’écris cet article pour répondre aux questions des gens qui me questionnent sur comment j’ai fais pour vivre un an sans revenu de travail.
Note : la majorité de cet article a été écrit il y a plusieurs semaines, mais je le publie que maintenant puisque je n’avais pas terminé la portion sur la peur. Certains éléments comme le bilan n’est plus vraiment juste avec la chute des marchés boursiers dans les dernières semaines.
Comment tu fais pour vivre sans revenus?
Plusieurs personnes m’ont questionnées sur comment je réussis à vivre durant une année sans solde. Plusieurs me mentionnent qu’elles ne pourraient pas vivre plus de quelques semaines.
Pour moi, il y a quelque chose de normal que de vivre sobrement. Ce n’est pas un défi pour moi de ne pas beaucoup dépenser puique j’ai plus une tendance à économiser qu’à dépenser. C’est plutôt oser dépenser pour me faire plaisir qui est en dehors de ma zone de confort! Ça fait partie de l’éducation que j’ai reçu.
Littératie financière
Les finances personnelles, c’est un sujet qui m’intéresse. Je suis sûrement un des rares à aimer faire son rapport d’impôt! Ça me permet de comprendre et prendre conscience de combien d’argent je gagne et combien je remets à l’État. Comprendre un peu aussi ce qu’on valorise comme société (ou à tout le moins comme État) avec les impôts et crédits d’impôts.
Ado, je lisais déjà des livres comme Rich Dad, Poor Dad. Et je lisais le journal Les Affaires quand j’allais à l’université (il était distribué gratuitement). Ma curiosité aura été payante (financièrement), car j’ai compris plusieurs choses à faire ou à éviter pour de saines finances personnelles. Par exemple, j’ai toujours évité d’acheter des biens (sauf l’immobilier) que je n’avais pas les moyens de payer comptant. J’ai ainsi éviter de payer bien des intérêts.
Tu as fais un budget pour cette année?
Réponse courte : non!
Réponse longue : Équilibrer un budget est une question de revenus et de dépenses! Commençons du côté des dépenses :
- Principale démarche : Éliminer toute dépense « superflue ». J’ai donc analysé toutes les dépenses et je les ai presque toutes éliminées, p.ex. abonnements à des services mensuels (sauf mon cellulaire pour lequel j’ai quand même magasiné un meilleur forfait), assurances vie et invalidité que je payais depuis des années sans que ce soit encore pertinent, même mon loyer y est passé! Oui oui, depuis le 1er avril, j’ai décidé de plus avoir de loyer. Nomade!
- Je suis parti en congé sans solde sans aucune dette. Ça veut dire aucun paiement mensuel et aucune dépense d’intérêt.
- Depuis de nombreuses années, je n’ai payé aucun frais bancaire. Ça fonctionne avec certaines banques en ligne ou encore en maintenant un solde minimal dans mon compte (qui joue le rôle de coussin en cas d’urgence).
- Sauf en voyage, j’ai tendance à préparer mes repas et mes lunch pour éviter de payer pour des restos. Je me permets quand même quelques sorties, mais ce n’est pas la norme.
- Pendants mes mois de nomadisme au Québec, j’ai saisi plusieurs opportunités d’échanges de service (house-sitting, woofing, etc.) Par exemple, être logé et/ou nourri en échange de services : garder une maison et des animaux de compagnie, travailler au jardin, fendre et corder du bois, aider à des travaux, etc.
- Et j’ai aussi profité des points accumulés au fil des années avec les programmes de fidélité (Air miles, Pétro-points, Triangle, moi, etc.) pour payer de la nourriture et une bonne partie de mon essence.
- En voyage, j’étais en mode slow travel, à prioriser les déplacements terrestres aux déplacements aériens, à organiser moi-même les visites touristiques plutôt que de choisir la simplicité des tours organisés, et pour une bonne partie du voyage à dormir en dortoirs et à manger dans les petits restaurants locaux ou cuisine de rue.
T’as ben beau pas dépenser beaucoup, mais d’où viennent tes revenus si tu ne travailles pas? Alors, voilà un petit topo du côté des revenus :
- La vente de mes meubles et objets que je ne voulais pas entreposer, m’a permis d’amasser plusieurs centaines de dollars.
- Un bon retour d’impôts m’a donné un bon coup de pouce en début de sabbatique.
- Un petit contrat qui m’a donné 150 $. Seul revenu d’emploi pendant mon année sans solde.
- Des certificats de placement garanti (CPG), que j’avais contracté dans les dernières années alors que les taux d’intérêt étaient élevés, arrivaient à échéance à chaque mois de mon année sabbatique, libérant de l’argent (et des intérêts) sur une base régulière. Ça avait évidemment demandé une certaine planification à l’avance.
- Des placements à la bourse, qui a assez bien performée cette année. Je n’ai pas eu besoin de liquider aucune position, les points précédents étant suffisants jusqu’à maintenant.
J’ai déjà fait et suivi de façon stricte un budget dans le passé. Ça m’a permis de vraiment comprendre où allait mon argent et en même temps c’était trop énergivore pour moi. Ma stratégie est plutôt de faire un bilan, chaque premier jour du mois, de tous mes actifs et tous mes passifs. Et voir comment ça fluctue. Ma valeur nette augmente-t-elle? Ou diminue-t-elle?
Bilan
Alors voilà, un an après le début de mon année sans solde, je viens de faire ce bilan des actifs et passifs. Conclusion, ma valeur nette est à peu près équivalente en ce 1er mars 2025 à ce qu’elle était un an auparavant.
Il y a bien sûr un coût d’opportunité à ne pas avoir travaillé pendant un an, on pourrait dire que j’ai « perdu » un an de salaire (et de cotisation à mon fond de pension). Mais pour moi, les gains de cette année surpassent largement ce coût d’opportunité financier. Je peux voir aussi que j’ai bien plus d’aversion à perdre ce que j’ai (durement) gagné que de ne pas gagner ce que je n’ai pas encore.

Peur du manque
Avis : en écrivant cette section je touche à toute la densité des croyances et des jugements qui entoure l’argent et les finances en moi et dans notre société. Je vois que j’hésite à partager ce qui suis parce que je sens que c’est incomplet, que c’est plein d’angles morts, que ça ne touche qu’à une petite portion du sujet. Je comprends mieux la procrastination à publier cet article. Je choisis de publier quand même pour oser faire exister ce bout là et m’encourager à continuer de débroussailler ce sujet complexe, profond et tabou. Merci pour votre compréhension!
J’ai pu toucher à des croyances en lien avec l’argent durant cette année et surtout pendant mon voyage. J’ai pu observer la part de moi qui a peur de manquer d’argent, qui veut optimiser et avoir le meilleur prix. Rationnellement, il n’y a aucune raison logique de croire que je vais manquer d’argent. On en a eu la preuve dans le bilan juste avant.
En Thaïlande, la devise est le baht qui s’échange à environ 25 bath = 1 $ CAD. Donc, les prix ont l’air élevés. Par exemple, pour une excursion d’une journée, il en coûte entre 1000 et 2000 bath, ce qui représente 40 à 80 $CAD. J’e peux’ai pu voir la résistance en moi à m’offrir ces excursions et préférer essayer d’y aller par moi-même, plusieurs biais cognitifs entrent en jeu ici.
J’ai été en lien avec de nombreux backpackers durant mon voyage puisque je fréquentais surtout les hébergements bon marché. J’entendais beaucoup leur recherche du « cheapest one ». À la recherche de l’hébergement, du repas, de l’excursion le moins cher possible. Ça résonnait jusqu’à un certain niveau pour moi. Je sens que j’étais plus à la recherche de l’optimal : le meilleur rapport qualité-prix.
Cette peur du manque, de ne pas faire le bon choix, est surtout réveillée quand je fais de grosses dépenses, par exemple achat d’un ordinateur, de billets d’avion, d’excursions. Et je vois aussi que c’est surtout présent quand je fais des dépenses où je ne sens pas que j’ai pris le temps de vraiment être en conscience avec ça.
Sans écrire un roman là-dessus, je vois bien que cette peur du manque n’a pas commencé avec moi. Elle m’a été transmise par mes parents, mes grands-parents, la société. Mes ancêtres ont beaucoup manqué et ils ont vécu avec le souci d’avoir assez pour nourrir leur famille nombreuse. J’ai enregistré ça, sans (encore) mettre à jour le « programme » avec ma réalité de 2025.
La voie du milieu
Comment naviguer entre la peur du manque et la foi en l’abondance? Cultiver la confiance et la foi que l’abondance existe, que l’argent doit circuler, que j’aurai toujours les ressources pour accomplir ce qui est aligné. Mais ne pas en faire un nouveau conditionnement, un dogme, ne pas tomber dans le « je m’en foutisme ».
La solution qui émerge : amener de plus en plus de conscience sur les croyances et conditionnements inconscients afin de choisir avec de plus en plus de discernement et de sagesse.
Votre rapport à l’argent
Je suis intéressé à vous lire sur ce que ce que je partage évoque pour vous. Des questions? Des prises de conscience? Des émotions?
Aussi ouvert à recevoir les angles morts que vous percevez, les croyances que vous touchez, des angles qui mériteraient d’être approfondis dans un prochain article.