Lors de ma formation de Travail qui relie durant mes vacances, on chantait autour du feu de camp le soir et à un moment, on m’a demandé de faire la basse pour un chant polyphonique. On me demande de chanter et de tenir ma note alors que les autres chantent autre chose. J’entendais en moi ce qui voyais là du danger, éviter à tout prix de m’exposer à ce risque.
On m’a aussi demandé de chanter une octave plus haut. Dé-mu-ni! Comment je fais ça? C’était comme me demander de faire un backflip. Je sais c’est quoi! Mais mon corps, lui, ne sait pas comment faire.
J’ai finalement osé chanter quand même malgré les systèmes d’alarme intérieurs qui sonnaient plus fort que mon chant de basse.
Humiliation
Dans la nuit qui a suivi ces chants autour du feu, je me suis réveillé avec des souvenirs de tests de solfège dans mes cours de musique de secondaire 2. Des tests faits devant toute la classe où en 30 secondes j’avais été jugé comme mauvais pour chanter et tenir une note. Avec du recul, je vois que ça a été vécu comme de l’humiliation, moi qui avait envie d’être bon dans tout!
Et voilà! En quelques minutes j’ai enregistré que je suis nul pour chanter et que chanter c’est dangereux, ça peut être humiliant. Et donc, je ne chanterai plus jamais!
J’étais dans un atelier où le changement social et la transition socio-écologique était un thème phare. J’ai pu faire de nombreux liens entre mon expérience comme ado à qui on a demandé de bien chanter et les gens à qui on demande bien se comporter « pour sauver l’environnement ».
J’ai goûté comment l’humiliation n’est pas une bonne stratégie pour motiver quelqu’un à faire quelque chose ou à changer un comportement.
Si je te dis que t’es nul avec ton gros char qui pollue et que tu devrais prendre ton vélo si tu veux être une bonne personne, on est loin de la reliance et de l’inclusion! On risque d’avoir l’impact inverse de ce qu’on souhaite avec tous ces discours culpabilisant que j’entends régulièrement en matière de gestes « pour la planète ».
Chant intuitif
Cette fois, je n’ai pas écrit un long article sur mon expérience à Connexion extatique comme je l’ai fait l’an passé. J’ai quand même envie de partager un des moments phare de ce rassemblement pour moi : découvrir la médecine de Mitsch Kohn!
D’abord, un concert intuitif de piano et chant intuitif, accompagné par le sensible David et ses divers instruments. C’était la première fois que je me m’abandonnais autant à laisser le corps bouger sans vouloir le contrôler mentalement. Et j’ai senti pour la première fois une telle symbiose entre la musique et mes mouvements, comme si mon corps savait quelques millisecondes à l’avance le prochain mouvement musical. Un attunement au moment présent comme j’en avais rarement vécu. Une des clés qui a initié ceci, c’est une phrase qui ressemble à ceci :
À combien sur 10, laissez vous la vie vous traverser pleinement en ce moment?
Traduction libre de ce que je me souviens de ce que Mitsch Kohn a dit.
Une autre alliée que j’ai envie de remercier : Kayla (je ne sais pas si elle l’écrit comme ça). À plusieurs reprises dans les premiers jours du festival, je l’ai vue se laisser traverser par le vivant du moment, s’abandonner au flow de la vie. Si belle à voir se mouvoir avec grâce, portée par la Vie, elle a été une grande source d’inspiration à me laisser exister pleinement. J’ai laissé exister pleinement les différentes parties de moi qui avaient envie d’exister depuis quelques jours. Je les entendais, mais je n’étais pas pleinement avec elles, elles n’avaient pas la légitimité d’exister.
À un moment de son concert, Mitsch nous a invité à explorer notre voix intuitive, à nous laisser vibrer par le son de notre voix, le son de nos entrailles vivantes qui s’expriment. Ce fut un grand moment pour moi de me permettre de laisser le son sortir à plein poumons, la bouche bien ouverte, bien loin de timides murmures. Cette vibration qui émerge de moi, on dirait même de plus profond que moi a eu un effet guérisseur. Harmonisant!
Il y eu aussi une invitation à se joindre à une autre personne et laisser vibrer notre voix comme une offrande pour l’autre. Ce fut un moment vraiment puissant d’être vu, ou plutôt d’être entendu, par cette femme inconnue en face. Yeux dans les yeux, voix en harmonie, à honorer cet espace de connexion, de présence partagée.

Yellow zone
Le lendemain du concert, Mitsch offrait un atelier de présence, encore par l’exploration de la voix et du mouvement. À un moment, il invitait les gens à venir offrir leur chant intuitif au micro devant la centaine de personnes présentes. Il invitait particulièrement les gens effrayés à cette idée! Ça a été tout un combat intérieur. Ce qui était terrifié, qui n’avait absolument pas envie d’aller au micro, de vivre l’humiliation de « ne pas savoir quoi chanter », de ne pas « bien chanter », etc. Et ce qui avait envie de se dépasser, de faire preuve de courage et d’aller au-delà de la peur, de surpasser l’humiliation racontée au début de cet article.
Après maintes tergiversations et dialogue intérieur pendant que d’autre avaient le courage de s’exposer au micro, j’ai choisi de ne pas y aller. De ne pas répéter une expérience que j’ai vécue dans un atelier de clown en juin où je suis sorti un peu trop loin de ma zone de confort. Bref, d’honorer aussi le respect de mon rythme et de viser la zone jaune! En me promettant par contre de m’inscrire à la chorale des Voix du village qui me semblait justement davantage dans cette zone jaune.
Lors d’une retraite de tantra yoga, un des enseignements concernait la sortie de la zone de confort pour évoluer. La zone verte est notre zone de connu, de confort, là où ça ne nous demande pas vraiment d’effort. Aussi là où on apprend très peu. La zone rouge est la zone de danger, tellement loin du connu que ça dérégule le système nerveux et peut créer du chaos, voire un trauma dans certains cas. La zone jaune (yellow zone), se situe à la frontière entre les deux.
Les Voix du village
Un des premiers articles que j’ai écris, c’était pour partager comment ça goutait pour moi la communauté que d’assister au concert de la chorale des Voix du village il y a un an et demi.
Et me voilà membre de cette chorale depuis deux semaines! Célébration d’avoir osé!
Histoire à suivre!
J’ai aimé ma lecture de ce récit entrecroisé de différentes formations et expériences, avec un fil conducteur évident! Et l’ellipse sur le chant.
Merci de te laisser être vu ! Ça nourrit l’espoir et la connexion pour moi.