Phnom Penh, au Cambodge. Je marche sur la rue 320. Ma gorge se serre. Je ne suis pas encore arrivé à S-21 que je le sens dans mon corps. Un mélange d’angoisse et de dégoût. Je respire avec cette contraction qui m’habite et continue ma marché le long des barbelés vers l’entrée du Tuol Sleng Genocide Museum.
Avertissement : le contenu de cet article peut être inconfortable et dérangeant. Tout comme ma visite l’a été pour moi. De plus, je ne saisis pas bien toutes les nuances de ce qui a mené à ce génocide. Ainsi, je partage surtout l’impact émotionnel de ma visite et les questionnements qui ont suivi. Pour plus d’historique, plein de bons livres existent sur le sujet.

Tuol Sleng, aussi appelé S-21, était le centre secret d’un réseau de près de 200 prisons où les gens ont été torturés par les Khmers rouges. Entre 12 000 et 20 000 personnes ont été emprisonnées ici. Il y a seulement 12 survivants confirmés.
La visite nous permet de voir les salles où étaient détenus, et torturé les gens. Un audio guide nous raconte et beaucoup de photos nous permettent de connecter avec la souffrance et l’indescriptible. Nous ne sommes pas autorisé à prendre des photos dans les salles. Ainsi, je partagerai peu de photos.

« Toute personne arrêtée est nécessairement ennemie. L’Angkar (« l’Organisation ») ne se trompe jamais. » Elle sera donc interrogée et torturée jusqu’à ce qu’il y ait assez de « preuve » pour justifier son exécution.
Quiconque ne respectait pas les règles à S-21 devenait à son tour prisonnier. Ainsi, de nombreux employés, bourreaux et mêmes dirigeants sont aussi passé de côté des torturés et exécutés.
« Couper une mauvaise herbe ne suffit pas. Il faut arracher les racines. »
Cette citation utilisée par l’Angkar veut dire dans les faits que toute la filiation est coupable. Si un parent est arrêté, toute la famille y passe. Ainsi, de nombreux enfants ont aussi été exterminés. L’idée pour eux était de s’éviter ainsi tout risque de revenge.
Dégouté
Je n’en suis pas encore à la moitié de ma visite. Je m’assoie pour respirer avec tout un mélange d’émotions denses et intenses qui m’habite. J’utilise l’écriture automatique pour m’aider à digérer. Voici ce qui émerge :
L'humanité à son plus sombre.
Quelle horreur! Quelle terreur!
Pourquoi utiliser son libre-arbitre ainsi?
Honte d'être un humain!
Humanité ignoble. Innommable.
Hantise. Bêtise. Traumatise.
Quel est le sens?
Pourquoi tant de souffrance?
Victimes dans l'indifférence.
Des dizaines de milliers torturés.
Des dizaines de milliers tués.
Atroces abominations.
Peuple qui pensait être sauvé.
Des millions de bombes américaines
Dans cette guerre secrète.*
Ayant tué 100 000 cambodgiens.
*J’ajoute ici une parenthèse. Un fait qui m’a choqué encore (3e musée où j’en entends parler). Les bombardements américains durant la guerre du Vietnam (ou plutôt la guerre des américains comme on l’appelle ici) auront fait plus de 100 000 victimes dans les campagnes du Cambodge. Ça s’ajoute aux dizaines de milliers de morts au Laos. Et aux milliers de victimes depuis, qui continuent de nos jours à exploser sur des bombes qui n’avaient pas explosées durant la guerre. (Je parlerai de ma visite au UXO center au Laos au au Apopo center au Cambodge dans un autre temps).
Pol Pot et les Khmers rouges
Et leurs idées, leur fantasme destructeur
D'éliminer les éduqués, religieux et visiteurs.
Retour à l'agriculture, à la campagne,
Travaux forcés, personne n'y échappe
Des enfants, aux vieillards, aux handicapés
Quand cueillir une mangue est un vol.
Un crime punissable par la mort.
Comment trouver du sens?
Quand la liberté de l'humain,
Lui permet d'éradiquer celle des autres
Jusqu'à leur enlever la vie.
Contrastes frappants. Polarité marquée.
Magnifiques fleurs de frangipanier.
Dans la cour d'un camp de torture.
Contrastes frappants. Polarité marquée.
Salle de classe ou de torture?
Balançoire ou potence de torture?
Dégouté. Gorge serrée,
Ça pue l'horreur de l'humanité.
Dans sa plus sombre expression.
Comment ne pas se fermer et éviter?
Comment accueillir l'inacceptable?
Comment, même pour ces bourreaux,
Rester ouvert et éprouver de la compassion?
Connaitre le passé qui ne nous est pas enseigné.
Comprendre les travers de l'humanité.
Ne pas laisser l'horrible se répéter.
Peut-on en vouloir à ces enfants?
Conditionnés, manipulés, transformés en bourreaux,
Eux aussi, victimes de cette folie.
Folie. Comment quelqu'un sain d'esprit
Pourrait-il accepter de telles idées?
À moins d'être si pauvres d'esprit?
À moins d'être vraiment souffrants?


Comment honorer leur mémoire?
Je termine la visite avec encore un corps vibrant d’émotions. Et rempli de questions. Je vous partage ces questions et ce qui a émergé comme amorce de réponse en les écrivant. Je reviendrai assurément sur ces questions dans mes méditations des prochains jours et pourrai bonifier.
Comment honorer pleinement toutes ces victimes? Tous ces gens qui ont vécu d’atroces souffrances?
Que cette souffrance soit le carburant vers la non violence. Vers la conscience. Puissai-je être un modèle de paix et de non-violence.
Comment dire NON à l’inacceptable en restant dans la non-violence? Comment ne pas répondre à la violence par la violence?
(réponse à trouver!)
Comment ne pas nourrir la haine et la division? Comment sortir du moi contre eux?
Puis-je sortir de la division? La division en moi. La division avec l’extérieur. Sortir de la dualité.
Accueillir ma noirceur. Accueillir ma douleur. Accueillir ma souffrance.
Intégrer. intégrer toutes les parties de moi. Le dictateur en moi. Le tortionnaire et moi. Le têtu aux idées arrêtées en moi. L’enragé en moi. Le révolutionnaire en moi. Que toutes ces parties de moi soient vue et n’agissent pas dans l’ombre. M’élever dans la paix en accueillant et intégrant la noirceur.
Bref, continuer de marcher le chemin. Méditer. Sortir de l’illusion de l’ego. Cultiver la paix. Cultiver l’Amour. Cultiver la compassion.

C’est tout pour aujourd’hui. Je bonifierai probablement cet article dans le prochains jours.
Aidez moi!
Aidez-moi à trouver des pistes de réponses aux questions que je me pose. J’aimerais bien vous lire en commentaires.