17 novembre
J’ai vécu un gros choc en arrivant à Bangkok et ce n’est pas de la chaleur humide avec un ressenti de 40°C dont je veux parler. Non, même si ça a été intense après autant d’heures à l’air climatisé.
Non, je veux parler d’un autre choc qui m’a jeté une douche froide quand j’ai connecté mon cellulaire au wifi avant même de passer la douane à l’aéroport. J’ai appris qu’un ami s’est enlevé la vie. Un homme avec qui je faisais des cercles d’hommes presque tous les mois depuis 9 ans! J’écrivais qu’il y a tellement à accepter cette nuit. Ouch! Ça c’est un gros morceau!
De choqué quand je l’ai appris, je vis plutôt un mélange de colère et de tristesse en ce moment. Ça me travaille. Il y a de l’incompréhension. pourquoi on laisse, comme société, des humains souffrir au point de s’enlever la vie?
Il était un homme de coeur. Et pourtant je le sentais très isolé. Je ne peux m’imaginer combien il pouvait être fragmenté dans son écosystème intérieur, comment il devait y avoir des parties de lui qui souffraient au point de ne plus vouloir vivre. De ne voir d’autres options que d’arrêter ça de cette façon.
Une autre chose qui me met en colère, c’est qu’il y avait les hommes de coeur dans sa vie. Bien que c’était un peu moins régulier dans les derniers mois, on se rencontrait chaque mois et je n’aurais pas imaginé qu’il y avait ce niveau de détresse, cette profondeur de souffrance en lui. Force est de constater qu’il n’y avait pas la sécurité avec nous et probablement avec lui-même pour être vu, pour être en lien avec cette profonde souffrance. Et ça, ça me rend triste.
On a échoué? Échoué à créer un espace avec assez de sécurité pour qu’il puisse exister pleinement? Il y a quelque chose qu’on aurait pu ou aurait dû faire différemment? L’intention ici n’est pas de trouver un coupable ou de nourrir la culpabilité, mais plutôt un désir que ça ne se reproduise pas. Aurait-on pu le « sauver »? A-t-on alimenté ou renforcé l’isolement ou la détresse par la forme de nos cercles de partage?
Bref, beaucoup de questions. Un besoin de digérer tout ça et surtout de dormir après 2 jours sans sommeil profond. To be continued…
21 novembre
Ce qui était là quand je suis arrivé ici m’a beaucoup habité pendant les deux premiers jours ici, avec des émotions bien prises en-dedans. Ça aurait voulu gueuler, frapper, vomir, pleurer en boule. Colère, dégoût, tristesse.
J’ai demandé une séance d’art-thérapie à Alice (une amie art-thérapeute nomade à qui j’avais apporté un colis du Québec). Ça m’a permis d’être vu. De faire bouger ces émotions, de les extérioriser. Titre de mon oeuvre : rituel de transmutation. Ça aurait aussi pu être : L’écosystème émotionnel du deuil.
Hier, je visitais des temples à Bangkok. Dans le premier temple visité, j’ai pris un moment pour me recueillir avec une pensée pour lui. C’était un lieu énergétiquement puissant et je sentais que ça bougeait à l’intérieur.
Aujourd’hui, j’ai pris un moment pour me recueillir encore devant des statues de Bouddha et de divinités et faire brûler de l’encens.
Cher ami, je te souhaite un bon voyage. Puisses-tu partir en paix.


23 novembre
Hier, dans le bus, j’écoutais un film et un documentaire, et dans les deux, une référence au suicide. Dans Nossolar, ils insinuent qu’en plus des gens qui passent à l’acte, beaucoup de gens commettent des suicides inconscients. C’est-à-dire qu’ils ne vivent pas leurs émotions, qu’ils restent pris avec de la rage, de la haine, de la honte et qu’ils se rendent malades, par exemple avec des addictions, en ne prenant pas soin d’eux. Et dans le documentaire, ils mentionnaient les taux alarmants de suicides, principalement chez les hommes, notamment les jeunes hommes.
Comment, comme société, peut-on mieux prendre soin de nous? Peut-on normaliser le fait que les hommes vivent aussi des émotions et offrir de l’espace pour accueillir ça? Peut-on changer la culture, notre façon d’éduquer (voire de domestiquer) les enfants pour que ce soit safe, surtout pour un garçon, de pleurer, de vivre des émotions quelle qu’elle soit?
Beaucoup de questions! De la colère encore en moi. Et de plus en plus d’acceptation. Je m’offre du temps pour respirer avec ça. Être dans mon corps. Bouger ça! Et ça me fait du bien d’exprimer tout ça ici.
Plus à suivre
Je souhaite publier cet article incomplet pour ne plus être seul avec ça. Si j’ai besoin de soutien, je vous demanderai.
Si vous avez aussi besoin de soutien, demandez en! Même si ça demande du courage!
Ce n’est pas être faible que de demander de l’aide.
Oh mon ami, quel choc !
Tellement soulagée que tu aies eu une Alice sur ton chemin pour te soutenir
Oui! Quand je me sens seul, je me rappelle que j’ai plein de ressources!
Merci à toi d’être l’une d’elle!
Je n’avais pas lu ce post avant que tu m’en parle. Ouf ca dû être tout un choc! Mais tu n’a pas à te sentir coupable. Il y a des gens qui sont expert pour caché leur mal être. Je suis de tout cœur avec toi. xxx